• Il existe entre 200 et 300 Merah en France

    http://www.atlantico.fr/decryptage/mohamed-merah-france-services-secrets-pas-moyens-tous-surveiller-alain-chouet-445783.html

    "Il existe 200 à 300 Merah en France, les services secrets n'ont pas les moyens de tous les surveiller 24h/24"

    Le ministère de l’Intérieur a déclassifié ce jeudi les documents classés secret-défense de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) concernant Mohamed Merah. Le terroriste était non seulement connu des services depuis 2009, mais il constituait aussi une "cible privilégiée" de la DCRI pour sa proximité avec des islamistes radicaux toulousains. Les renseignements français auraient-ils pu éviter le drame ?

    Atlantico : Dans les rapports de la DCRI transmis à la justice par le ministère de l'Intérieur, il apparaît que la police avait mesuré la menace que représentait Mohamed Merah. Peut-on dès lors parler d'un fiasco des services de renseignement français ?

    Alain Chouet : Les personnes de la DCRI font du mieux possible avec les moyens dont ils disposent. Le problème était de savoir quel type de menace se trouvait en face. Je considère toujours que le cas Merah est avant tout un cas psychiatrique. Des gens qui présentent son profil idéologique et psychiatrique actuellement en France, il y en a 200 à 300. Tous ne passent pas à l'acte, loin de là, bien heureusement. Organiser une surveillance H24 de ces gens-là, compte tenu des conditions de travail en France, demanderait 12 à 15 personnes par « sujet ». Si l'on multiplie ce chiffre par 200 ou 300, on dépasse alors les effectifs actuels de la DCRI.

    De toute façon, on ne mettra jamais en place un filet avec des mailles assez serrées pour prévenir toute déviance psychiatrique. Regardez ce qui vient de se passer aux États-Unis (NDLR : la tuerie dans un cinéma d'Aurora) malgré tout le système sécuritaire mis en place après le 11 septembre 2001.

    Aucun pays démocratique, libéral et civilisé ne peut empêcher des cas psychiatriques comme Mohamed Merah de passer à l'acte. On peut essayer de surveiller, prévenir mais il est presque impossible d’empêcher. D'ailleurs les Français dans ce domaine n'ont pas été mauvais. Depuis la fin des années 90, nous avons été relativement à l’abri de ce coté-là. Il ne faut pas oublier que si nous avons été tranquilles pendant toutes ces années c'est peut-être parce que les services de police et de renseignements ont plutôt bien fait leur travail.

    Dans son édition du mercredi 28 mars, Le Canard enchaîné écrit qu’en 2011, Mohamed Merah semblait être “traité comme un indic ou en voie de l’être". Il aurait alors réussi à berner les services de renseignements. Que pensez-vous de cette hypothèse ?

    Personnellement, je n'aurais pas pris ce genre de bonhomme comme indic, compte tenu de son état psychiatrique. En revanche, il n'est pas impossible que les gens qui étaient en charge de sa surveillance se soient dit qu'en l'observant bien, Merah pourrait les renseigner sur d'autres personnages qui soient dans le même délire que lui.

    Mohamed Merah se réclamait d'une mouvance islamiste mais se vantait surtout. Nous ne sommes clairement pas en présence d'un terroriste international. C'est un individu, tout seul dans son coin, qui s'est fait des fantasmes en puisant dans ses propres références culturelles. 

    Comme Bernard Squarcini (ex patron de la DCRI), et malgré les compte-rendus qui font état de son "contact privilégié" avec le leader historique de la mouvance salafiste toulousaine, vous persistez donc à penser que Mohamed Merah était un loup solitaire ?

    Mohamed Merah a typiquement le profil du « loup solitaire ». Une personne fragile, dont les groupes mieux structurés peuvent espérer qu'un jour il passe à l'acte violent et ainsi, à ce moment-là, y apposer la signature de la mouvance.

    C'est typiquement le cas des extrémistes de la suprématie blanche aux États-Unis. Ils ne sont pas liés directement à des groupes politiques mais passent à l'acte sous fond idéologique de ces mêmes groupes. Merah puise dans son stock culturel, celui de l’islamisme intégriste, comme Anders Breivik a puisé dans son vieux fond culturel d’extrême droite européenne néo-nazie pour rationaliser son délire psychiatrique.

    De plus, je ne pense pas que la mouvance à laquelle vous faites référence soit un groupe très important. On en aurait déjà entendu parler si les salafistes étaient si nombreux que cela à Toulouse. Que veux dire « contact privilégié » ? Pas grand chose au final. Il est clair que Mohamed Merah fréquentait des gens qui partageaient son délire.

    Cette histoire de « contact privilégié » se concilie très bien avec son profil de loup solitaire. Les leaders des groupes extrémistes jouent sur la fragilité des profils comme Merah. Ils font en quelque sorte un pari sur l'homme et sur le fait qu'il passe à l'acte un jour ou l'autre.

    Un loup solitaire qui s'est tout de même rendu plusieurs fois en Afghanistan et au Pakistan...

    Il était légalement impossible d’empêcher Mohamed Merah de quitter la France pour l'Afghanistan. Il n'était condamné à rien France, il n'y avait aucun moyen de l’empêcher de voyager là où il voulait.

    Cela étant, il faut tout de même dire qu'il n'a pas fait grand chose en Afghanistan. La première fois, il s'est fait arrêté au bout de trois ou quatre jours. Lors de son second voyage au Pakistan, il a fait une hépatite et il a fallu le rapatrier. C'est loin d'être le parcours d'un grand révolutionnaire... Il n'est donc pas évident que Mohamed Merah ait réussi à obtenir des contacts lors de ses voyages.

    Une relation plus étroite entre Merah et les mouvances extrémistes auraient donc permis une surveillance plus efficace du terroriste ?

    A ce moment-là, Mohamed Merah aurait été sous le coup de quelque chose dont on a beaucoup abusé en France, mais qui nous a quand même mis à l'abri de bien des violences : l'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Cela aurait permis de le mettre au trou pendant 15 jours et de le prévenir que, même s'il ressort, il sera toujours sous le microscope des autorités.  

    Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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